Travail et emploi en France au XXIe siècle

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M. Sarzier

Dans ce court ouvrage, nous avons voulu faire le point sur les grandes caractéristiques du travail et de l’emploi en ce début du 21ième siècle.

Il nous est ainsi apparu important de pouvoir restituer les résultats de la recherche en sciences économiques et sociales alors que les enjeux autour de la robotisation, des délocalisations, de la métropolisation des emplois, du précariat, du burn-out et de la souffrance au travail sont au cœur du débat public.

Pour cela nous proposons tout d’abord un détour historique pour comprendre comme le travail s’est construit comme instance d’intégration depuis la fin du 18ième siècle. Nous abordons ensuite une série de problématiques contemporaines : Le travail rend-il heureux ? Est-ce la fin du travail ? Faut-il changer de protection sociale ? Comment fonctionne le dialogue social ? Peut-on travailler plus longtemps ?

Nicolas Danglade – Professeur agrégé de Sciences Economiques et Sociales
Miguel Sarzier – Professeur agrégé de Sciences Economiques et Sociales


Extrait de texte de l’ouvrage

Travail-et-emploi-en-France-au-XXIeme-siecle

Travail et estime de soi chez Axel Honneth

Axel Honneth est, avec Nancy Fraser, le principal promoteur du concept de reconnaissance. Il considère que le rapport positif à soi-même, l’autonomie et l’épanouissement personnel sont totalement conditionnés par la reconnaissance d’autrui. Haud Guégen et Guillaume Malochet font remarquer que « l’autre, parce qu’il est celui qui détermine mon être, a aussi et simultanément la possibilité de me détruire et de ruiner l’identité de la personne toute entière ».

Axel Honneth distingue trois grandes sphères de reconnaissance :  l’amour, la solidarité sociale et le droit. Chaque type de sphère induit un rapport à soi, positif lorsque la reconnaissance est assurée, négatif lorsqu’il y a déni de reconnaissance et mépris.

La sphère de l’amour désigne tous les liens affectifs puissants entre un nombre restreint de personnes. L’amour définit donc la dimension affective de l’existence humaine. Axel Honneth considère que ce rapport de reconnaissance est fondamental parce que c’est la confiance en soi qui se joue dans l’amour. L’individualité et l’autonomie de l’individu nait de la relation d’attachement affectif avec autrui. Les dénis de reconnaissance dans cette sphère (violence physique ou morales, sévices qui touchent à l’intégrité physique ou affective) sont donc particulièrement graves : ils produisent des « identités lésées » ou même une « mort psychique ». La sphère du droit institue une forme de reconnaissance à prétention universelle. La reconnaissance juridique consiste à appliquer des normes universelles, indépendantes des positions et valeurs sociales et ceci sans exception aucune. Elle garantit à l’individu l’accès à des droits fondamentaux (civils politiques et sociaux) qui assure l’égalité. Ce qui est en jeu dans cette forme de reconnaissance, c’est le respect de soi. Bénéficiant du respect de tous les autres sujets à travers l’octroi de droits fondamentaux, l’individu prend conscience qu’il peut aussi se respecter lui-même. Un déni de reconnaissance dans cette sphère s’incarne dans l’expérience de l’exclusion ou dans celle de la privation sociale de droits qui bafouent l’intégrité sociale de la personne. La sphère de la solidarité sociale se définit en grande partie par l’activité de travail. Les individus attendent que l’utilité et la valeur de leur activité soit reconnues socialement. Ce qui est en jeu dans cette forme de reconnaissance, c’est l’estime de soi, à savoir la capacité d’entretenir un rapport positif à ses qualités et à ses capacités propres ainsi qu’à son activité. Le travail étant désormais une des sphères dans lesquelles l’individu construit son identité et son individualité, les attentes de reconnaissance y sont fortes. Lorsqu’il y a déni de reconnaissance ou mépris, les individus peuvent entrer en lutte pour être reconnus. La mobilisation des infirmières à la fin des années 1980 peut être analysée comme une lutte de reconnaissance.


Source : Travail et emploi en France au XXIème siècle. Nicolas Danglade et Miguel Sarzier, Bréal éditions 2018, collection thèmes et débats pp 55 et 56.


Y a-t-il plus de travailleurs pauvres en France ou en Allemagne ?

Travailleurs pauvres en Allemagne et en France en 2015 (taux de pauvreté en %)

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En Allemagne répond Eurostat qui s’intéresse aux individus ayant un emploi (qu’il soit salarié ou indépendant) et gagnant moins de 60 % du revenu médian national. En 2016, 7,9 % des travailleurs français étaient pauvres contre 9,5 % des travailleurs allemands.

En France, répond l’OCDE qui s’intéresse, quant à elle, aux individus qui travaillent (salariés ou non) et qui sont dans un ménage dont le revenu total est inférieur à 50 % du revenu médian des ménages allemands. En 2015, Selon l’OCDE, le taux de pauvreté des travailleurs étaient deux fois supérieur en France qu’en Allemagne ( 7,1 contre 3,7 %)

Cela s’explique par le mode de calcul et par la différence de composition des ménages. En Allemagne de nombreuses personnes dont le revenu est très faible (souvent des femmes) sont plus souvent qu’en France membres d’un foyer ou au moins une autre personne travaille ce qui suffit à faire passer ce foyer au-dessus d’un seuil de pauvreté retenu par l’OCDE. Une  femme qui serait dans cette situation sera donc comptabilisée comme pauvre par Eurostat mais pas par l’OCDE.  Il y a en France, moins de personnes dont le revenu est très faible que chez nos voisins mais une telle personne est plus souvent qu’en Allemagne la seule pourvoyeuse de revenu du foyer et sera donc considérée  comme travailleur pauvre à la fois par Eurostat et par l’OCDE.

Au final, l’Allemagne a plus de salariées à temps partiel et plus de « petits boulots » mal payés mais la France à plus de chômeurs.

Gilles Renouard


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