Sociologie du genre

Photo-GV
Guillaume VALLET Maitre de conférence Université de Grenoble

Le genre a fait l’actualité à de nombreux moments au cours de ces dernières années. Souvent mal compris ou mal interprété, y compris au sein même des sciences sociales, le genre a été uniquement perçu sous un angle polémique. Dans cet ouvrage, j’ai cherché  à mieux rendre compte de ce concept, en clarifiant ses significations et ses utilisations permettant de comprendre la réalité sociale. Il est le fruit d’un travail sociologique de recherche et de synthèse ayant appréhendé le genre essentiellement à travers mes travaux et mon expérience sur le bodybuilding masculin: à partir de l’analyse d’un univers où la masculinité est sans cesse en jeu par le rapport au corps – en tant que chercheur mais aussi de pratiquant, j’ai pu appréhender ce qu’est le genre. Dans cet ouvrage, j’aborde ainsi, de façon synthétique et originale, les questions sociologiques fondamentales liées au genre, en se centrant aussi bien sur les significations de ce concept que sur des expériences sociales où le genre est en jeu.


Un extrait de l’ouvrage

Sociologie-du-genreLa socialisation genrée

Plus qu’un strict apprentissage de normes et de règles, la socialisation est au cœur de l’intériorisation de celles-ci, qui fonctionnent alors d’autant plus facilement que leur imprégnation est la plupart du temps inconsciente. La socialisation peut être entendue comme « l’ensemble des processus par lesquels l’individu est construit – on dira aussi « formé », « modelé », « façonné », « fabriqué », « conditionné » – par la société globale et locale dans laquelle il vit, processus au cours desquels l’individu acquiert – « apprend », « intériorise », « incorpore », « intègre » – des façons de faire, de penser et d’être qui sont situées socialement » (Darmon, 2012, p. 6).

Cette citation indique que la socialisation :

  • est un processus d’acquisition par l’individu d’éléments constitutifs des systèmes culturels et du milieu dans lequel il vit. L’apprentissage, l’éducation mais aussi l’intériorisation y jouent un rôle important ;
  • induit un façonnement particulier de sa personnalité, afin que les éléments socioculturels de son milieu fassent partie intégrante de la structure de sa personnalité individuelle et sociale. La socialisation fonctionne alors dans les deux sens, entre l’individu et la société. A ce titre, les interactions exercent une place majeure ;
  • implique une conversion : un individu n’est pas défini une fois pour toutes, car son comportement, sa personnalité et son identité évoluent sans cesse au cours de son existence au contact de son environnement social. La socialisation est alors un processus évolutif mais non linéaire.

En reliant ces trois dimensions à la problématique du genre, nous pouvons affirmer que la socialisation sexuée masculine a pour but de préparer les garçons à être les « seigneurs » . La socialisation familiale se trouve confortée par celle opérée dans le cadre scolaire, ce qui crée des facteurs importants de résistance au changement. Effectivement, essentiellement au cours de la socialisation primaire (intervenant à l’enfance et à l’adolescence), l’identification joue un rôle central dans la construction de l’identité de sexe. Le cadre familial occupe une place importante, en offrant différentes sources d’identification (parents, frères et sœurs, autres modèles). Par la suite, les cadres s’élargissent et l’enfant s’insère dans plusieurs groupes d’appartenance, dont l’école. Ces groupes d’appartenance véhiculent différents types de normes et de modèles auxquels l’enfant est appelé à se conformer, notamment en ce qui concerne sa catégorie de sexe. Comme le soulignent plusieurs sociologues, la convergence de la socialisation familiale et de la socialisation familiale n’est pas toujours favorable aux filles, loin s’en faut : « Par ailleurs, filles et garçons ne sont pas encore éduqués de la même manière dans les familles (Duru Bellat, 2004 ; Gautier, 2008) même si il y a diffusion d’idées « libérales » plus égalitaires, mais sans remise en cause du modèle fortement sexué des rôles dans la famille. D’après Duru Bellat (1990, p. 103), le discours ambivalent des parents va être source de difficultés psychologiques chez les filles à partir de l’adolescence car on leur demande à la fois un investissement personnel dans le travail scolaire, mais en même temps, « on les invite à donner la seconde place à leur carrière, cette dernière ne devant pas gêner l’accomplissement de leur rôle, primordial celui-là, au sein de la famille ». Sont observés, d’ailleurs, chez les filles, à partir de l’adolescence, des scores d’estime de soi inférieurs aux garçons. Les attentes concernant la conformité au rôle féminin entrent probablement en conflit avec celles concernant l’implication scolaire » (Fontanini, 2011). Pour les garçons, au-delà de la diversité des modèles de masculinité, une injonction sociale existe à intégrer un « nous » masculin qui renvoie à une solidarité de groupe avec son histoire et son destin (ensemble d’évènements, d’expériences, de modèles et de représentations) et ainsi à une position collective hiérarchisée favorablement vis-à-vis des femmes. Dans le processus de socialisation, les démarcations masculin/féminin s’opèrent à travers le formatage genré des comportements et des modes de vie, comme par l’intermédiaire des vêtements.


Sociologie du genre, Guillaume Vallet, Bréal Editions 2018, collection « thèmes et débats » p 140 à 142

Où se procurer ce livre ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s