La citoyenneté, un lien social en crise ?

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I. Martinache

Présentation de l’ouvrage par l’auteur

Paradoxe des temps : la citoyenneté est de nos jours accommodée à toutes les sauces – consommation, entreprise, etc.- en même temps qu’on ne cesse de s’alarmer de sa supposée « crise ». Tandis que l’injonction à se comporter en « bon.ne citoyen.ne » ne cesse de se faire plus pressant, le sens même de cette attitude ne semble plus aller de soi. C’est que, loin d’être une simple vertu morale individuelle, cette citoyenneté renvoie en fait au lien qui unit les membres d’une même société. C’est donc la teneur et les transformations de ce dernier qu’il importe de saisir afin de comprendre les tensions qui traversent le « vivre ensemble ». A défaut d’être exhaustive, l’ambition de cet ouvrage est d’apporter quelques éléments permettant d’éclairer plusieurs débats importants de l’époque, autour de l’intégration, les inégalités, la montée de l’abstention électorale, la place des conflits sociaux, sans oublier de suggérer quelques pistes pour, sinon sortir, au moins apaiser ces tensions.

Bonne lecture !

Igor Martinache – Docteur en sciences Politiques, Professeur agrégé de Sciences Economiques et Sociales à L’Université de Lille 1


Un extrait de l’ouvrage

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Le tirage au sort des représentants politiques est-il une solution à la crise de la démocratie représentative ?

Comme le rappelle entre autres Yves Sintomer, l’usage du tirage au sort a ainsi été privilégié au vote pour désigner les titulaires de charges politiques éminentes aussi bien à Athènes et Rome durant l’Antiquité que dans les républiques italiennes au 13e siècle, ou dans le Royaume d’Aragon suivant des formes et des motivations certes variées – souvent davantage pour trancher impartialement des conflits que pour réaliser l’égalité de ceux jouissant du statut de citoyens-, ce qui n’a néanmoins bel et bien pas empêché les cités concernées de prospérer. L’installation des gouvernements représentatifs modernes va en revanche marginaliser le recours au tirage au sort à la seule sphère judiciaire, pour désigner les jurés, marquant la victoire de ceux qui, comme les Fédéralistes états-uniens méfiants à l’égard du peuple sont soucieux de conserver une dimension oligarchique. Ils imposent ainsi une vision dichotomique admettant la part de subjectivité et d’arbitraire inévitable à l’exercice du pouvoir judiciaire, justifiant la désignation de jurés populaires au tirage au sort, en particulier pour les crimes les plus graves, mais la déniant en revanche dans l’exercice des pouvoirs législatifs et exécutifs qui seraient davantage l’affaire d’élites éclairées, éventuellement secondées par des experts que la complexification des sociétés semble rendre de plus en plus indispensables. Yves Sintomer plaide ainsi avec d’autres pour la généralisation de l’usage du tirage au sort sur lequel s’appuient d’ailleurs massivement les expériences foisonnantes qui se développent depuis une quarantaine d’années, des budgets participatifs – où l’ensemble d’une population concernée est invitée à se prononcer sur l’affectation d’une partie des fonds d’une collectivité locale- aux conférences de consensus – où un panel de « profanes » est constitué pour délibérer sur un enjeu éthique et complexe et impliquant des intérêts contradictoires après avoir assisté à une série de présentations contradictoires de spécialistes ou parties prenantes[1]-, en passant par les jurys citoyens ou les sondages délibératifs. « Ces dispositifs reposant sur le tirage au sort s’inscrivent dans une vague plus large qui tend de façon croissante à placer la participation citoyenne sur le devant de la scène, mais leur originalité est de reposer sur des citoyens ‘’ordinaires’’, et non sur les citoyens mobilisés ou organisés que l’on retrouve dans les démarches fondées sur la participation volontaire ou les conseils destinés aux associations, ou sur l’ensemble des citoyens qui sont consultés lorsque se tient un référendum »[2], écrit-il, notant que l’on mobilise ainsi également de cette manière trois types de connaissances ordinaires généralement laissés de côté dans les modes de décision classiques : le « savoir d’usage », le « bon sens » et le « savoir militant qui s’appuie sur la contre-expertise ».


Igor Martinache, La citoyenneté, un lien social en crise ? Bréal Edition, 2016, Collection « thèmes et débats sociologie »


Les abstentionnistes

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Source : ipsos

Une distinction classique est faite entre l’abstention qui refléterait un processus de marginalisation- les individus les moins bien intégrés dans la société se retireraient du jeu politique –  et l’abstention qui serait le signe d’une montée de l’individualisme – les individus les plus émancipés des solidarités traditionnelles et les plus rationnels pourraient choisir de ne pas voter si l’offre politique ne leur convient pas.  On reconnaîtra l’opposition entre les « abstentionnistes hors-jeux » et les « abstentionnistes dans le jeu ». A première vue, ce graphique va dans le sens d’un abstentionniste hors-jeu. Plus les individus gagnent de l’argent et plus ils votent. L’abstentionnismes est d’abord le fait des personnes les moins biens insérés dans la société. Mais l’abstention concerne tout le monde, y compris la moitié des personnes vivant dans un foyer gagnant plus de 3000 euros par mois. L’abstentionnisme ne peut pas être analysé uniquement en fonction du prisme de l’intégration.

Gilles Renouard

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