Déviances et contrôle social

Parce qu’elle interroge les normes et les valeurs de la société dans laquelle, nous vivons, la déviance est un phénomène qui ne laisse pas indifférent. Au-delà de la réprobation ou de la fascination qu’elle engendre souvent, nous proposons, à travers une revue des différentes théories explicatives, de dépasser le jugement de l’opinion. A travers l’étude de ses multiples expressions, de l’école au sport, en passant par les sociabilités propres à certaines « bandes de jeunes », nous nous efforçons de démontrer que la déviance interroge aussi la façon dont les groupes sociaux distinguent le désirable de l’inopportun. Cet ouvrage prouve ainsi que la sociologie demeure nécessaire à la bonne compréhension du monde. Car si elle offre plusieurs outils indispensables dans l’explication des comportements déviants , elle permet aussi de mieux cerner les multiples canaux par lesquels s’exercent un puissant contrôle social.


Un extrait de l’ouvrage 

Deviances-et-controle-socialHoward Becker ; la carrière déviante, l’exemple des fumeurs de marijuana

Pour son enquête, Howard Becker a effectué  cinquante entretiens auprès de fumeurs de marijuana, stupéfiant dont l’usage est alors sévèrement réprimé aux Etats-Unis. Cette étude souligne combien l’entrée dans une carrière déviante est une expérience ponctuée de très nombreuses interactions.

Pour le novice, la première étape consiste dans « l’apprentissage de la technique ». Aucun fumeur ne sait a priori comment inhaler la fumée, et donc ne peut réussir à « planer » lors de ses premières expériences. En effet, les débutant tendent à fumer la marijuana comme la cigarette et trouvent fréquemment cette expérience décevante voire désagréable. C’est par l’initiation d’un tiers, déjà fumeur régulier, que le néophyte acquiert la méthode de consommation adéquate. Cependant, la technique ne suffit pas. Au cours de ses recherches, le sociologue montre effectivement que le fumeur débutant n’est pas capable seul de reconnaître les effets du produit sur son corps ou sa psyché. Advient alors une deuxième étape au cours de laquelle le consommateur apprend, toujours au contact des usagers réguliers, à reconnaître l’effet de la marijuana. Cette prise de conscience est pour Becker essentielle à la poursuite de la carrière déviante, car sans elle le fumeur débutant peut abandonner ses tentatives pour redevenir conforme. Or, cette prise de conscience n’est pas un phénomène solitaire, mais bien le fruit d’une série d’interactions, durant lesquelles les fumeurs réguliers vont accoutumer le novice à cet état spécifique. L’ultime étape de cette initiation est celle « de l’apprentissage du goût pour les effets ». Une fois reconnus ces effets, encore faut-il en effet les apprécier. Or, comme tous les goûts, celui pour la fumée de marijuana n’est pas donné d’avance.  C’est encore en échangeant avec ses initiateurs que le fumeur va « redéfinir » positivement ses sensations nouvelles, qu’il ne ressentait pas nécessairement  comme agréables au départ. L’entrée dans cette déviance n’est donc pas aussi automatique qu’on pourrait le croire de prime abord, d’autant plus que l’individu doit composer avec un contrôle social important. De par le caractère illégal de cette consommation, l’approvisionnement en marijuana est complexe et risqué, ce qui est à même de décourager l’usager à poursuivre sa carrière déviante. Ici encore, c’est dans ses interactions avec les autres consommateurs que le déviant peut surmonter cette difficulté, par exemple en se fournissant auprès de ces derniers, au moins dans un premier temps. La réprobation morale de son entourage constitue une autre forme de contrôle social. Becker identifie plusieurs techniques utilisées afin de neutraliser cet « étiquetage » comme déviant  qui vont de la dissimulation à la rupture avec les non-fumeurs en passant par la désignation d’autres conduites, comme la consommation d’alcool pour détourner l’attention de la leur.


Source : Benjamin Chevalier, Igor Martinache, Déviances et contrôle social, Bréal Editions, 2017


La société française est-elle violente ?

Capture

Moins qu’avant si l’on se contente d’étudier le  nombre des homicides qu’ils soient volontaires ou non. On a moins presque deux fois moins de « chance » de mourir de morts violentes en 2016 que 20 ans plus tôt puisque qu’il y a eu plus de 1600 homicides en 1995 et 892 en 2016. Cette remontée des homicides depuis 2013 est exclusivement due au terrorisme car, sans cette forme de violence, il y aurait eu 803 homicides en 2016, au même niveau qu’en 2013.  C’est le signe d’une société  qui tolère moins la violence physique (et qui soigne mieux les blessés graves). Moins fréquente, la violence extrême est devenue plus intolérable et le sentiment d’insécurité, exacerbé par les victimes du terrorisme,  n’a pas décliné.

Gilles Renouard


Où se procurer ce livre ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s